« J’AI ENTRAÎNÉ »… Y. FOFANA

Publié le 21/03/2024

Himed Hamma, entraîneur de Youssouf Fofana en U19 R1/DH à la JA Drancy, aujourd’hui coach de l’équipe N3 du club, évoque les années drancéennes du milieu de terrain international français de l’AS Monaco.

> La fiche de Youssouf Fofana 

« Je suis arrivé à la JA Drancy pour la saison 2016-2017. Youssouf est né en 99 et il évolue en U17 R3. Il faut savoir qu’il y avait deux équipes de U17, les 17 ans Nationaux et les 17 ans R3, l’équipe réserve. A cette époque, il n’y avait pas les U16. Il avait donc été avec l’équipe réserve toute la saison. Quand j’arrive de Sannois à la JAD, je commence par faire le tour des effectifs, donc je regarde des matches de championnats Nationaux et aussi l’équipe réserve. Et dans cette équipe, je remarque trois ou quatre joueurs, dont Youssouf, qui avait le potentiel pour être dans mon groupe la saison suivante. Il faut savoir qu’il a connu, cette année-là, une saison difficile. Pas sportivement, mais il était déçu de ne pas avoir fait partie du groupe des 17 ans Nationaux et il voulait arrêter. Il l’a dit à L’Equipe, si je ne l’avais pas retenu, il allait arrêter et se consacrer à ses études. Je l’ai vu sur un dernier match, une finale de la Coupe de Paris Paris FC-Drancy. Je trouve alors que c’est un joueur de qualité, mais qui est un tantinet en roue libre, avec un manque d’exigence. Le match va jusqu’à la séance des tirs au but et Youssouf tente une Panenka qu’il rate totalement. Cela ne m’a pas plu mais, quand j’ai pris le groupe au mois de juin, je l’ai convié aux séances d’entraînement et je lui en ai parlé. On a discuté. C’est un garçon qui est très attachant, très à l’écoute. Je lui parle et, une semaine après, on fait un match amical. On a un pénalty, il le tente et le loupe encore une fois, au-dessus. Et je le renvoie au vestiaire. Plus tard, quand il était à Strasbourg, on a déjeuné ensemble et il raconte cette anecdote. Il m’a dit que ce jour-là, il avait imaginé son renvoi du club. Je l’avais juste puni pour lui faire comprendre qu’il avait un potentiel pour aller au-dessus.

Je n’imaginais pas que ce serait de la Ligue 1 et de l’équipe de France, mais c’était un garçon qui avait le potentiel pour aller à un niveau supérieur. Après ça, il a commencé à travailler. Au début, ça a été un peu difficile parce qu’il n’a pas tout de suite joué. Il y avait une forte concurrence et il fallait aussi lui faire comprendre qu’il devait gagner sa place. Il a travaillé, a été sérieux, et il a joué très vite. Après quelques journées au début, il a pris sa place et n’est plus sorti de l’équipe. Il a été exemplaire durant toute la saison, sportivement et humainement. Il continuait aussi ses études, ce que je regardais. C’est un garçon qui a toujours travaillé, il restait avec moi la dernière demi-heure de séance pour tirer des coups de pied arrêtés. Il a toujours été demandeur. J’en avais parlé au staff seniors mais il n’y avait pas besoin de joueurs à son poste, donc il a fait toute la saison avec moi. On a fait une saison remarquable, on a été champions et il a mis 9 buts alors qu’il était milieu défensif. Il faut savoir qu’il jouait relayeur quand je l’ai récupéré, et je l’ai replacé devant la défense, le poste qu’il occupe actuellement. Cela a créé un peu de scepticisme au club. Le Directeur Technique de l’époque m’avait dit qu’il n’y croyait pas, qu’il ne le voyait pas jouer plus bas. Et finalement, il a excellé cette année-là et nous réussissons un doublé coupe-championnat.

C’est le foot francilien qui lui a permis d’en arriver là. Il a été confronté à de la concurrence, de l’adversité, au football dur de la région parisienne, où il y a du potentiel partout. C’est la meilleure des formations. Il a connu ça et, en arrivant à Strasbourg, ça lui a paru plus facile. Là-bas, ils ont continué à le parfaire pour le rendre le plus professionnel possible, mais les bases, c’est en région parisienne qu’il les a eues. Il avait une très bonne famille, un très bon entourage, très sain. Sa maman, je l’ai vue quelques fois, on comprend l’éducation qu’il a. C’est un garçon qui a toujours été bien conseillé et suivi, son environnement n’a jamais été envahissant.

Avant qu’il aille à Strasbourg, on a eu une discussion un peu musclée au mois d’octobre. Il n’y a que moi qui avais parlé, Youssouf écoutait. J’estimais qu’il avait un potentiel monstre et qu’il fallait qu’il en prenne conscience, qu’il fasse tout pour réussir. Cela m’a marqué parce que j’ai senti un garçon qui avait enfin compris le message, qu’il n’avait pas moins de qualités que les autres et qu’il fallait absolument qu’il se fixe un objectif pour aller chercher quelque chose.

Strasbourg est venu le voir en octobre, je connaissais bien Abbes Saadi, le recruteur du club. Je lui ais dit que Youssouf n’était pas encore prêt, qu’il fallait encore attendre un peu. Grâce à la confiance que l’on avait de Strasbourg et François Keller (Directeur du centre de formation), Abbes est revenu au mois de février et j’ais estimé que Youssouf était prêt. Il est allé à Strasbourg, son essai s’est très bien passé et il a signé dans la foulée. Qu’il signe dans un club pro, je n’étais pas étonné. Un fois qu’il avait franchi ce palier, il était capable d’en franchir d’autres, parce qu’il avait cette force mentale. C’est un garçon travailleur et un compétiteur, donc je n’avais pas de doutes qu’il allait réussir. Maintenant, le voir en équipe de France A et vice-champion du Monde, je n’avais pas de boule de cristal. Youssouf ne se met pas de limites, avec humilité. Il est très assidu et sait se faire mal. Il n’est pas arrivé là par hasard.

Je ne suis pas étonné du tout qu’il soit devenu le capitaine de Monaco (ndlr : quand Ben Yedder ne joue pas), parce qu’il avait déjà à l’époque cette âme de leader. C’est quelqu’un qui a toujours été entraînant pour les autres. Même quand il n’avait pas le brassard dans mon équipe parce qu’il y avait des joueurs plus âgés que lui, il a toujours été dans le groupe des leaders positifs et a toujours su emmener les autres avec lui. C’était un compétiteur, il n’aimait pas perdre et c’est ce qui lui a permis d’avancer.

Nous avons gardé contact. Je ne l’ai pas régulièrement au téléphone, mais on s’échange quelques messages. Quand il était à Strasbourg et que j’étais à Bobigny en National 2, il m’a fait la surprise de me rendre visite à l’hôtel où nous étions la veille d’un match à Haguenau. C’est un garçon qui est toujours resté connecté, il n’a pas changé. Il est toujours aussi généreux et bienveillant.

 

Par Florent PIASECKI

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